Cette fois, je ne suis pas allé dans les salles pour critiquer. Non non, j’ai fait bien mieux. Je me suis tourné vers le passé.
Et qu’est-ce que j’y ai vu ? Et bien un homme au menton charnu et relevé, signe d’une hauteur de vue sans égale ; un crâne dégarni, dû à des réflexions qui ont trop souvent creusé la tête ; des joues rondouillardes, preuve d’un appétit incontenté ; enfin une belle moue de bulldog anglais, grimace d’éternel insatisfait. Oui en tournant les talons, j’ai vu Alfred Hitchcock !
Non plus sérieusement, c’est à la vue d’un coffret de six films que mon sang n’a fait qu’un tour. Six films. Soit une goutte d’eau dans l’immense étendue de l’œuvre du plus grand cinéaste britannique !
Né dans une famille d’épiciers en banlieue de Londres et mort 80 ans plus tard, près des studios de cinémas à Los Angeles, il est de ces trajectoires qui ne se calculent pas.
Durant sa vie, il aura réalisé 54 films. Mais se refaire toute son œuvre est un travail d’orfèvre ou plutôt...de chômeur. N’ayant « pour l’instant » aucun des deux statuts, ma petite prétention ici est de vous replonger dans son univers.
Cet univers où le décor défile tandis que les voitures sont à l’arrêt. Où le chocolat est préféré au ketchup dans le noir et blanc pour sa texture plus visqueuse. Où les fenêtres ouvertes aux rideaux bombés par le vent traduisent une fuite escamotée. Enfin et surtout, où on se surprend, nous spectateurs, à être tantôt témoin, tantôt complice et tantôt victime d’une scène de crime !
Alfred, toujours le maître du suspense ?
Passé par tous les métiers (même devant la caméra avec ses « caméos ») Alfred a façonné son art au rythme des époques : cinéma muet, noir et blanc, parlant puis couleur. Il a tissé toutes ses techniques de mise en scène et de montage pour ériger la clé de voûte de ses films, le suspense.
La Mort aux Trousses est le meilleur exemple. Le premier quart d’heure suffit pour nous embarquer dans une traque infernale et nous faire suer comme si notre vie en dépendait. Même le caractère vieillot de la scénographie ne suffit plus à en dissiper les effets. Les sensations sont pareilles à cet escalier, élément de décor cher à Hitch, où chaque marche franchie nous amène un peu plus vers la source de notre peur.
Oh wait ! Mais d’où vient cette foutue peur ? Et bien, il arrive un moment où l’on ne sait plus. C’est d’ailleurs un concept fort au cinéma d’Hitchcock : le fameux « MacGuffin ». Non ce n’est pas le nouveau burger du Macdo. Le « MacGuffin », c’est l’artifice qui va déclencher l’histoire : argent volé, bijoux, documents secrets et parfois même, une simple suggestion. Une fois que le personnage trop curieux mord à l’hameçon, le tourment commence, la tension s’amplifie et on oublie alors l’intrigue initiale de l’histoire. C’est ça le « MacGuffin ».
Hitchcock ancré à jamais dans son siècle
Mais plus que quiconque, le cinéma « made Hitchcock » peut se dérouler comme une frise qui retrace plusieurs époques. De son premier film anglais de 1922 à son dernier film américain en 1976, des inventions sont apparues, apportant leur lot de progrès. « Hitch » a alors adapté ses méthodes et le suspense s’est métamorphosé.
Prenons pour exemple de fond, les avancées scientifiques. Elles ont eu pour effet de modifier dans ses films les méthodes des détectives de Scotland Yard et par conséquent, le comportement des psychopathes. De l’interrogatoire musclé et insidieux, on est passé à des recherches d’empreintes. Quant au meurtrier un peu bestial, il est devenu plus réfléchi et plus minutieux pour tendre au crime « presque » parfait.
Exemple maintenant de forme avec le « technicolor ». Utilisé allègrement dans Sueurs Froides, Hitch en a largement dépassé l’expérimentation pour en faire un objet de suspense (cauchemars et sensations de vertige).
On peut aussi voir le cinéma d’Hitchcock comme une fresque sociologique des changements qui ont eu lieu dans la vie d’antan : des voitures au langage, du mobilier aux styles vestimentaires. Lui vieillissait mais ses actrices restaient toujours jeunes et fraîches. Bien sûr, il faut en regarder quelques uns pour s’en apercevoir mais ne dit-on pas que la richesse se trouve dans les détails ?
Par son génie et son obsession à manipuler le public, il savait se renouveler face aux progrès naissants. Il ne percevait jamais une innovation comme préjudiciable à son art mais comme un outil à exploiter au plus vite (ce qui était moins évident pour certains comme Chaplin).
Un ami m’a dit récemment : « S’il avait vécu l’ère de la 3D, il aurait certainement donné la plus belle preuve de son utilité aujourd’hui. » C’est vrai que le tridimensionnel est toujours très largement discuté aujourd’hui.
Son langage d’émotion séduisait tellement de réalisateurs qu’un certain François Truffaut, admiratif de son parcours, a écrit le « Hitchbook », probablement la meilleure iconographie d’Alfred à ce jour.
Mais alors, par où commencer ?
Le biopic Hitchcock sorti dernièrement masque trop la grandeur du cinéaste pour se limiter à ses relations avec l’alcool, sa femme et ses actrices de tournage. Un choix légitime mais qui ne motive en rien à découvrir son art.
Moi je vous conseille plutôt, chers lecteurs et lectrices, de fouiner les vidéothèques ou le programme d’Arte dans l’espoir de tomber sur Frenzy, Fenêtre sur cour ou bien Pyschose. Car ces films-là valent souvent bien mieux que les croûtes servies chaque mercredi dans nos salles, dotées de moyens ultrasophistiquées, mais tellement prévisibles...
*Source photos : toutlecine.com /gawker.com











1 commentaire:
J'ai trouvé ce film génial, avec notamment un Hopkins au sommet de son art ! Je ne l'avais jamais vu aussi bon depuis le silence des agneaux, je crois bien
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