L'emploi. Voilà bien un secteur sur lequel tous les protagonistes de
l'élection présidentielle s'égratignent et proposent des idées
quelques fois surréalistes en déclarant vouloir en faire l'axe
principal de leur campagne. Il faut dire que les chiffres du chômage
font mal aux yeux : Le nombre de chômeurs de catégorie A en France
s'établit en février 2012 à 2,87 millions, en hausse de 0,2% sur un mois
et de 6,2% sur un an, selon l'Insee. Pour comprendre davantage ce
qu'est l'enfer du chômage, nous sommes partis à la rencontre d'un
chômeur, dont nous tairons le nom pour des raisons de confidentialité.
Licencié comme beaucoup d'autres pour des raisons économiques, il
nous raconte son quotidien de chômeur, ses peurs, ses envies et la
vision qu'il a de la France et de son activité, à l'aube des
présidentielles.
Sans dévoiler votre identité, pouvez-vous nous présenter votre profil ?
Je suis jeune chômeur dans le secteur de la communication. J'ai eu une expérience de trois ans dans une agence qui, après des difficultés de trésorerie, a du pratiquer une série de licenciements économiques.
Voilà un petit peu plus d'un an que je suis au chômage.
En tant que chômeur, avez-vous fait toutes les démarches auprès du pôle emploi ?
Bien sur. Ne serait-ce que pour toucher le chômage, c'est essentiel. Les rendez-vous se sont multipliés pour construire mon dossier, présenter mon profil et essayer de trouver, avec mes conseillers, des solutions pour retrouver un travail.
Un sentiment de lassitude s'est-il installé ?
Oui et, au delà de l'attente quotidienne qui plombe quelque peu le moral, il y a aussi ce sentiment d'appartenir à un monde où les gens sont hargneux, où les conseillers viennent et se succèdent sans apporter de réelles conclusions et où l'on croise malheureusement les plus désespérés. Bref, un monde pas très agréable à vivre.
Racontez-nous une journée type en tant que chômeur.
Sans contrainte de temps, on pourrait être tenté de se lever tard, de se
laisser aller... Je pense que c'est une erreur. Je me force à me lever
tôt, comme si j'allais travailler car je veux être près le moment venu.
Qui plus est je consacre beaucoup d'heures de mes journées à consulter
les sites d'embauches et de petites annonces. J'envoie des CV
évidemment, et je me force à décrypter un maximum l'actualité même si
cette dernière me déprime.
Au delà des difficultés financières que peut procurer le chômage, quels sont les autres aspects négatifs selon vous ? Il
y a sans cesse ce sentiment d'exclusion qui est insupportable. Quand on
voit ses amis ou sa famille, chacun parle de ce qu'il fait, de son
quotidien, de ses anecdotes de boulot... Moi, en tant que chômeur, je ne
peux pas. Même si j'ai la chance d'être assez entouré dans cette
épreuve, je me sens tout de même exclu. À l'époque où j'étais collégien,
on m'avait appris que le travail est la raison sociale d'un homme. Une
identité sociale réelle. J'en comprends la portée aujourd'hui.
Avez-vous des périodes de découragement ? Si
je vous disais qu'il n'y a pas une journée où je me lève tard et où je
passe mon temps à ruminer, ça serait vous mentir. Évidemment qu'il y a
des moments plus difficiles. Après je suis aussi conscient que je suis
jeune et qu'un an de chômage n'est rien comparé à ce que vivent
certaines personnes que je croise dans les couloirs du pôle emploi.
Qu'attendez-vous désormais des élections présidentielles et des décisions du futur chef de l'état ?
Pas grand chose. J'ai le sentiment que nous sommes désormais dans une situation bloquée. Quand j'entends certains dire qu'il faut interdire les licenciements, ça laisse rêveur. Cependant, il faut être réaliste, ceci est impossible et nuit gravement à la compétitivité d'une entreprise. Si un salarié ne fait rien au sein de son entreprise, il est normal qu'il soit mis de côté.
Pour moi, le prochain président devrait surtout s'engager à condamner toutes les entreprises qui font beaucoup de profit et qui, dans un même temps, licencient des gens. J'ai été consterné quand j'ai entendu le chef de l'État dire qu'il était surpris de constater que des grandes enseignes ne payent pas assez d'impôts. D'où sort-il pour se rendre compte de ça uniquement maintenant ?
Malgré la difficulté, y croyez-vous toujours ?
Bien sur ! Je n'ai, à vrai dire, pas le choix. Je suis convaincu de mes qualités et je sais que quelque part en France ou ailleurs, mes qualités pourront servir une entreprise.
Justement, êtes-vous tenté de chercher un travail à l'étranger ?
C'est important d'être ouvert à tout. Certains politiques s'insurgent contre les personnes qui s'exilent à l'étranger. Mais vu l'aide apportée en France, il ne faut pas toujours s'étonner.
Témoignage sincère et attachant d'un homme qui, conscient de ses qualités, y croit malgré tout. Dur pourtant d'y croire quand en ouvrant nos journaux ou en allumant nos télévisions, les mots "crise" "chômage" et "licenciements" volent la vedette à des mots plus joyeux.
*Sources photos : http://images.plusbellematerre.com www.pole-emploi.fr
Propos recueillis par
Benjamin Bousquet
Co-fondateur, rédacteur & animateur pour Criticize Me