Depuis longtemps je m’intéresse à la question de l’éducation des jeunes écoliers français. Dès lors, la lecture de l’essai « on achève bien les écoliers » de Peter Gumbel, allait devenir à mes yeux une évidence. Si globalement je partage son avis et j’admire ses analyses, je ne suis pas 100% d’accord avec ce qu’il expose, et je m’explique.
L’éducation. Rien que le mot fait grimacer la plupart d’entre nous. Pourtant, la question de la bonne éducation doit être une question centrale dans tout débat sur l’avenir d’une société et en particulier à quelques mois seulement d’une élection présidentielle capitale. A travers cet essai donc, Peter Gumbel nous livre une vision détaillée de l’éducation scolaire à la française et n’hésite pas à se référer à celle de nos voisins du monde entier, pour y présenter ses failles.
I/ L’expérience étrangère
Dans ce livre, Peter Gumbel se base avant tout sur ses propres observations. En ayant lui-même exercé le métier de professeur, en tant que journaliste, et en ayant parcouru le monde afin de rencontrer divers responsables de nationalités différentes, il a acquis un savoir sur ce qui se fait dans les différents systèmes éducatifs. Parmi ses observations, il a pris un certain goût pour le système finlandais qui tend essentiellement à pousser l’élève quel qu’il soit, en y voyant en lui un avenir prometteur. L’élève est aidé, et ce, en fonction de ses besoins. Le professeur l’est également de par son salaire et de par sa formation notamment, qui fait de son métier, un métier à part entière et respecté. Le soutien scolaire est au cœur du système : chacun a le droit de réussir, et le redoublement n’est pas quelque chose de banal. L’auteur s’aperçoit en effet que le système finlandais enlève toute la pression qui mène à l’échec et que l’on connaît malheureusement trop dans notre propre système. Les professeurs finlandais, ne sont pas ou peu inspectés par des inspecteurs du travail et ils ont à leur disposition des moyens considérables pour aider tous les élèves. Cette pression en moins, elle se fait également sentir au niveau des élèves. Ils n’ont pas peur des évaluations car ils savent qu’ils sont sans cesse épaulés et suivis par leurs encadrants. Cette non-peur des évaluations entraîne une certaine confiance en soi qui est bénéfique pour la majorité des élèves, comme en témoigne les résultats aux tests PISA des élèves finlandais, qui se distinguent des autres élèves par leurs excellents résultats aux tests, notamment par rapport aux français.
Mais Peter Gumbel ne se fixe pas uniquement sur le système finlandais. Il se fonde également sur d’autres méthodes, comme celle de la désormais célèbre Université d’Harvard, qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ne fixe pas forcément des règles d’admissions et un niveau précis requis pour y entrer, mais qui, au contraire, mise sur les potentiels différents et spécifiques de chaque élève. Ce choix raisonné laisse penser que chacun à sa chance et que il n’y a pas de peur du plus fort chez les autres élèves. Chacun se distingue dans sa discipline, et l’enseignement qui est promulgué à Harvard fait en sorte de pousser l’élève à se dépasser sans pour autant risquer de le perturber et de l’enfoncer.

II/ L’éducation française
Les différentes observations relevées par l’auteur, sur les systèmes d’éducations des pays étrangers, ne peuvent que révéler les faiblesses de notre système à nous. Il effectue un tour d’horizon où l’on s’aperçoit que la peur des notes et la forte pression sur les élèves ne sont que le résultat des méthodes trop traditionnelles qui ne semblent plus être appropriées aux élèves d’aujourd’hui.
La peur des notes est l’un des points forts dénoncés par ce livre. Peter Gumbel évoque une pression sans limite pour les élèves, qui sont sans cesse comparés aux autres et qui n’ont pas le droit à l’erreur. Les élèves français sont souvent la cible de moqueries ou de reproches si leurs résultats ne sont pas ce qu’ils devraient être. Le redoublement est devenu quelques choses d’anecdotique et, est bien souvent plus préjudiciable qu’on ne le pense. Les grandes écoles et les prépas sont devenues des usines à stress ou chaque élève doit consacrer tout son temps à travailler en échange de notes, la plupart du temps, très salées. Tous ces facteurs font que l’élève ou du moins une partie importante d’entre eux est constamment démotivé et son niveau régresse au fil des années.
L’auteur s’attarde également sur le métier de professeur, qu’il a lui-même effectué en école de journalisme. Il constate que le métier n’est pas considéré à sa juste valeur et que les professeurs sont souvent mal formés pour enseigner comme il faudrait pour que le niveau français retrouve des couleurs vis-à-vis de ses voisins européens. Pourtant, les différents témoignages que l’auteur a pu obtenir au cours de son enquête, prouvent que beaucoup d’entre eux sont motivés pour changer les choses mais se retrouvent bloqués par des pesanteurs aussi bien politiques qu’administratives. Certains dirigeants politiques n’y voient, ici, qu’un changement dur et compliqué à mettre en œuvre. Lors de sa rencontre avec Patrice Corre, le proviseur d’Henri IV, on s’aperçoit que certaines personnes hautement placées sont conscientes des problèmes liés à l’éducation française, mais que le changement général d’un système est l’une des choses pour lesquelles il semble très compliqué de s’y engager.
Enfin, dans l’un de ses derniers chapitres, Peter Gumbel évoque les enfants perturbateurs qui ont du mal à se concentrer et à s’investir dans le travail. Et c’est là le point d’orgue de cet essai : Bien souvent dans les pays étrangers, on tend à encourager les plus faibles à devenir sérieux et appliqués pour qu’ils puissent aspirer à un avenir prometteur ; mais en France, il semblerait que c’est beaucoup plus compliqué que ça. En effet, on décourage davantage les élèves et quelques fois les professeurs, plutôt que de les pousser vers l’avant.
Ce phénomène est directement lié à l’absence d’optimisme relatif à la société française, dans sa globalité. Peter Gumbel explique en revue tous les problèmes de cette éducation à l’ancienne, qui semble ne plus avoir de réels repères dans le monde actuel, et regrette de constater que les efforts de certains ne sont que peu ou pas récompensés au fil des années.

III/ Critique et analyse
Malgré cette bonne analyse de l’éducation, certains manques se font sentir dans cet essai. Comment peut-on aborder les défaillances liées à l’éducation scolaire sans évoquer les problèmes d’éducation parentale qui font rage en France, et ce, depuis de nombreuses années déjà ? Peut-on considérer que l’éducation à l’école est la première des éducations ou bien qu’elle n’est qu’un soutien et un continuum à l’éducation de base, à savoir celle des parents et de la famille ? Ce manque est à signaler car l’on pourrait considérer que certains problèmes visibles à l’école ou même dans les universités sont surtout liés aux manques cruels de règles parentales, notamment sur la discipline et l’abnégation au travail.
De plus, en première partie du livre, l’auteur se base essentiellement sur des résultats de sondages (le fameux sondage PISA). Il y perçoit les grandes différences de niveau entre les étudiants français et leurs collègues européen. Mais est-ce que se baser uniquement sur des sondages, dont on sait qu’ils sont souvent effectués de manière superficielle par la majorité des élèves, (car eux-mêmes ne savent pas la réelle signification de tels tests) est vraiment légitime ? En effet, il est fort probable que beaucoup d’élèves effectuent ce test à la légère, en pensant qu’il ne s’agit pas d’un examen officiel et que celui-ci ne rentrera pas dans leurs moyennes (la fameuse phobie des notes relevée par l’auteur). Ainsi les résultats peuvent être faussés et l’analyse de l’auteur, bien que pertinente et sûrement dotée de bon sens, peut-être davantage approximative.
Cette technique qui consiste à comparer la France à d’autres pays européens connait, à mon sens, quelques limites. Ce qui est possible de faire dans un pays de quelques millions d’habitants comme en Finlande est beaucoup plus difficile à mettre en œuvre dans un pays de 65 comme la France ; les finances publiques auraient du mal à suivre. D’autre part, il n’est pas évident que, dans les pays nordiques notamment, la mixité des élèves soit aussi impressionnante que chez nous. Bien qu’ils soient tous français, les classes de nos jeunes écoliers présentent des élèves venant de toutes origines et toutes religions, dès lors il se créé une autre forme de richesse : celle de la pluralité et de l’ouverture vers le monde. Un atout que ne possède pas forcément des pays dont l’immigration n’a pas apporté autant de richesses. Ainsi, l’éducation se fait automatiquement différemment.
Enfin, on peut reprocher à l’auteur un côté quelque peu utopique sur certaines situations. Il est, en effet, agréable de voir que ce dernier apporte des idées et des solutions, mais on peut constater que la mise en place de ces nouvelles mesures liées à l’éducation est très difficile à opérer. Certes la volonté de certains dirigeants politiques, comme il le signale, pourrait changer quelque peu la donne, mais il ne faut pas sous-estimer le budget, le temps, et les grosses manœuvres que ces projets demanderaient. Son chapitre consacré aux « portes ouvertes » peut paraître un peu utopique, car dans une société où la crise se fait sentir à tous les niveaux et ou le moindre changement, même avec les meilleurs intentions du monde, peut et sera décrié, critiqué et le plus souvent détruit par de nombreuses personnes, il est très difficile, aujourd’hui de changer radicalement des procédés et des façons de faire, ancrés depuis de nombreuses années dans la tête des gens.
Cet essai présente, dans sa globalité, les problèmes liés à l’éducation française, et le retard que peut avoir notre pays vis-à-vis de nos voisins. Même si quelques manques se font sentir et que l’exercice aurait pu être plus poussé à certains moments, l’auteur fait néanmoins un aperçu assez complet des problèmes sans pour autant chercher à prendre tel ou tel dirigeant politique, professeurs ou encadrant comme bouc émissaire. C’est à la fois une vision alarmante mais positive : Peter Gumbel propose des solutions et se base sur des observations qu’il a pu effectuer au cours de ses diverses expériences. Apporter une vision nouvelle et surtout apporter des idées et des solutions peut paraître anodin, mais il a le mérite de s’y attarder et, aujourd’hui, ce genre de démarche parait de plus en plus rare.
*Source photo : http://petergumbel.fr http://a6.idata.over-blog.com http://cdn-gulli.ladmedia.fr
Benjamin Bousquet
Co-fondateur, rédacteur & animateur pour Criticize Me