Madame,
Depuis 24h, Twitter et l’actualité résonnent d’un bruit sourd, de ces bruits qu’on n’entend que lorsque les bruits de bottes cessent, de ces bruits qui rappellent la douloureuse Anastasia… Cette gueuse qu’aussi on appelle censure.
Vous en appelez « au sens des responsabilités » de Twitter face à la prolifération des messages de haine, face aux tweets haineux, racistes, homophobes… Je ne peux, au débotté, en aucun cas m’opposer à ce que la responsabilité des personnes rédigeant ces tweets soit engagée quand le fait est avéré, mais je ne peux en aucun cas cautionner la démarche que vous mettez en place.
Vous dites : « Je souhaite que nous puissions travailler ensemble, en lien avec les acteurs associatifs les plus concernés, à la mise en place de procédures d'alerte et de sécurité qui permettront que les évènements malheureux que nous avons connus ces dernières semaines ne se reproduisent plus »… Cela part d’un bon « sentiment », mais un sentiment n’est pas une réelle réflexion… Renforcer les communautarismes, destructeurs sociaux patents, en exaltant les rancœurs, est-ce une solution envisageable ? Jusqu’à preuve du contraire, une réelle intégration sociale de tous les citoyens, quelles que soient leurs obédiences, leurs religions, origines ou philosophies, passe par la mise à plat et à bas de toute forme de communautarisme. Exister tous ensemble, co-exister tous ensemble n’empêche pas d’exister dans l’expression sociale de ses différences sans que celles-ci soient à elles seules des moyens d’expression justifiant l’infâme ou l’indigence.
Appel à la censure
Cependant, vous allez demander à un site, essentiel aujourd’hui en termes de liberté d’expression et d’information, de tout mettre en œuvre pour que des contenus librement publiés soient retirés ou filtrés, cependant même qu’une partie de ces contenus posés derrière les hashtags en question les dénonce. Je condamne avec toute ma force ces infamies homophobes, racistes et toutes ces expressions de haine, mais ne vous trompez-vous pas de cible ?
Plutôt que d’incriminer Facebook, Twitter et le web social en général, de façon sous-jacente, les causes réelles qui mènent à cet état de fait sont à examiner.
Vous ne regardez pas là où il faut. Regardez du côté du principal vecteur d’intégration : l’école. Regardez du côté du principal vecteur d’ouverture d’esprit : la culture...
Or, depuis nombre d’années, l’éducation nationale ne remplit plus son office. Elle n’amène plus les gamins à devenir curieux, à s’ouvrir à l’autre par la découverte des cultures, des différences. Elle propose, et ce jusque dans les premières années des études supérieures, un « savoir » prédigéré que l’on demande à des mômes sur-connectés au monde de régurgiter sans faire une seule seconde appel à leur sens critique parce qu’ils n’en sont plus capable.
Pourquoi ? Baisse des volumes horaires en français, en histoire, en éducation civique…et j’en passe…. Baisse de la maîtrise de ces savoirs par des enseignants beaucoup plus formés à lapsychopédagogie cloisonnante qu’à la maîtrise d’enjeux qui les dépassent parfois aussi, malheureusement. L’école de la République n’est plus.
A l’heure où l’on vit dans une mixité sociale de plus en plus grande, nous ne voyons fleurir,faute d’esprits éclairés, que de la haine, de l’injustice, des agents différenciant fondés sur le mépris, l’inculture, la bêtise, de cette bêtise que l’on ne retrouve que dans les manuels les plus indigents proposés aux enfants, aux collégiens, aux lycéens.
Qui ?
Majoritairement, ces messages et ces hashtags que vous incriminez sont le fruit des ados… non pas en l’occurrence coupables, mais victimes de ce que l’on fait d’eux… N’est-ce pas l’école que l’on doit aussi incriminer et de fait les ministres de l’éducation nationale et leurs conseillers imbitables ?
Une école se doit d’être au service d’une société… Elle doit préparer des mômes à prendre place dans une société de plus en plus dure, compétitive qui a fait de l’humain un objet… Non un sujet pensant. Penser est trop dangereux pour le pouvoir. Les mômes, futurs adultes, deviennent des électeurs qu’il est bon de tenir par la bêtise et le manque de raisonnement, à défaut de pouvoir apporter des réponses sociales pertinentes…
Les mômes ne montrent sur ce réseau que ce qu’ils sont, le produit de ce que la société dans laquelle ils vivent a fait d’eux, de ce que l’école, la télé, etc., a fait d’eux. En cela, ils sont victimes.
Que faire ?
Faire en sorte de vivre en démocratie… Qu’en pensez-vous ? La démocratie, ce n’est pas une fois de temps à autre déposer un bulletin pour tel ou tel candidat… C’est accorder au peuple le pouvoir… Le peuple, ce sont des citoyens agissant, pensant, vivant… Pas des bulletins de vote. Alors, je serai utopiste… Pourquoi ne faites-vous pas en sorte, vous ou tout autre élu de la République, de faire votre job, réellement ? Pourquoi ne faites-vous pas en sorte de reprendre un pouvoir qui vous a été confisqué par la finance, les banques, les nécessités boursières à court terme ? Pourquoi n’avez-vous pas envie, plus envie, d’avoir une vision sociale à long terme avec la fondation d’un véritable dialogue social et non avec un dispositif légal totalement absurde ?
Censurer des contenus sur Twitter aura comme seul mérite de ne plus rendre ces paroles malheureuses et révoltantes visibles. Donc le problème sera réglé ? Ne rêvez pas, Najat. Tout ce qui n’est pas publiquement dit sera tout de même dit et amplifié en privé, de façon rampante, galopante et pernicieuse…. Ce sera un terreau propice aux pires immondices sociales… Ce sera un terreau de haine entre les hommes et les femmes, entre les peuples, mettant en exergue les différences parce que la bêtise sera devenue incontrôlable et enflera telle la grenouille voulant se faire aussi grosse que le bœuf de la Fable.
Vous vous trompez dangereusement !
Nul n’est besoin d’en appeler à la censure, autre forme de haine à l’égard de l’expression libre. Quand un gamin hurle par monts et par vaux ce genre de choses, s’en rend-il seulement compte ? N’est-ce pas pour lui normal ? Normal parce qu’il n’a accès à rien d’autre ?! Normal parce qu’il ne peut plus comprendre autre chose que le vernis insuffisant de culture qu’on lui colle dans le crâne dès son plus jeune âge… Normal parce que ses parents, la télé, l’imbécilité galopante de ce qu’on produit pour lui ne lui permet plus d’entrevoir la beauté de la littérature, des mots, des tableaux, de la culture.
Son savoir est parcellaire, quand il existe. Sa culture est calibrée, quand elle existe. Il est un sous-produit des dizaines d’années d’échecs sociaux et scolaires. Et vous avez l’indécence de vous en étonner ? Vous êtes scandaleuse… Malheureusement pas de celles que l’on appréciait au 19è siècle…
Cherchez les vrais coupables… Pour cela, regardez-vous dans un miroir, faites votre examen de conscience sans parader ignominieusement dans la presse ou sur les plateaux télé…. Et posez-vous les vraies questions…. De celles qui ne sont pas discriminantes… De celles qui ne fabriquent pas des coupables qui n’en sont pas… De celles qui permettent de trouver des réponses à un problème social de fond… Un problème qui permet de dire avec Brecht qu’il est encore fécond, le ventre de la bête immonde. Un problème dont la solution repose entre les mains de ces décideurs que vous êtes, dont vous faites partie.
Légiférer n’a jamais été la solution à tout. Elle plait aux médias qui ont ainsi quelque chose à bouffer, un os à ronger en stigmatisant les faux coupables…. Pendant ce temps-là, on regarde ailleurs, béats…. Et non, Najat… malheureusement… On ne regarde pas ailleurs... On vous regarde, vous… Vos gesticulations… On ne peut regarder vos résultats, pas plus qu’on ne voyait ceux du gouvernement précédent sur ce même problème.
Une société n’est pas le réceptacle d’egos avachis… Elle est le résultat de la multiplicité des ethnies, des peuples qui la composent, qui composent ensemble, vivent heureusement ensemble… Elle n’est pas le fruit d’une loi ou d’une réforme liberticide… Une de plus… d’ailleurs.
Souvenez-vous de cette phrase, chère Najat : les libertés ne se donnent pas, elles se prennent.
Et la première des libertés, c’est celle de s’exprimer, c’est un réel accès à la culture, à une réelle éducation, à la curiosité, au sens critique…
A bon entendeur,
Jules Farge
Jules Farge









1 commentaire:
Quelle conne cette fille. Entre Duflot et elle, le gouvernement est servi.
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