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La liste des mes envies de Grégoire Delacourt

25 déc. 2012




La liste  de mes envies fait une belle promesse, celle de nous faire rêver. Le pitch est très simple : n’étant plus soumis à aucune contrainte financière, que se passe-t-il quand il est possible de réaliser tous ses désirs.
En effet, Jocelyne Guerbette est l’heureuse gagnante de plus de dix huit  millions d’euros, somme qui lui laisse une totale liberté. Cette idée de départ est intéressante par les perspectives possibles : philanthropie ou égoïsme, sérénité ou folie, cigale ou fourmi. 

À croire qu’il y en avait trop, Grégoire Delacourt les a occultées. La narration est cousue de fil blanc. Seul un maigre rebondissement vient la ponctuer, très prévisible lui aussi. Par ailleurs, il est affligeant de voir à quel point les personnages manquent de consistance. Jocelyne regroupe à elle seule les clichés de la figure féminine de roman.  Simple, sensible, naïve, aimante; elle travaille dans une petite mercerie qui connaît miraculeusement un essor formidable grâce à un blog qu’elle tient. Il va sans dire que ce blog de couture aide des milliers de femmes à affronter les douleurs de la vie... 

Clairement, Jocelyne est un cocktail raté entre Emma Bovary et Joséphine, héroïne des Yeux Jaunes des Crocodiles. Car dans l’idée de s’intéresser à des personnes à l’existence très ordinaire voir monotone, Delacourt s’inscrit dans la lignée Pancol. Mais cette dernière, qui n’est pas non plus indemne de toutes critiques, a le mérite de savoir donner du corps à ses personnages. Les autres protagonistes manquent tout autant de consistance. Par exemple, le mari est à la fois alcoolique, brutal, fou mais aimant, doux et compréhensif. Contradictoire mais Delacourt l’a fait. Quant aux millions, que deviennent-ils ?

Rien. Enfin rien d’étonnant si ce n’est une maison en bord de mer, une aide médicale pour le père, une voiture pour la bonne copine ; même s’ils ont failli s’envoler un instant. L’ensemble est très acidulé, tellement que ça en est fade et sans saveur. La liste de mes envies, roman plein d’ambition, retombe donc dès les premières pages comme un soufflé mal réchauffé. Malheureusement, ce livre a de forte chance de  se retrouver au pied de votre sapin. C’est l’un des grands succès de 2012. Il est facile de comprendre pourquoi. Philippe Labro disait cette semaine à propos d’un autre best-seller de la saison, 50 shades of grey, "c’est justement parce que c'est nul que ça se vend ». Triste syllogisme mais syllogisme pertinent. Donc, si vous vous retrouviez avec ce livre entre les mains, l’unique moment envisageable pour l’entamer est lorsque votre grand oncle, un tantinet saoul, commencera à vanter les mérites de Marine et de sa ravissante nièce blonde mais attention, tout de même, à l’overdose de sensiblerie.

Alexis Le Gras
Chroniqueur Culture


1 commentaire:

La liste de mes envies: "roman savoureux" ou "éloge de la médiocrité"? Voici un bon article, en plus du votre, qui traite la question :

http://www.lexpress.fr/culture/livre/la-liste-de-mes-envies-roman-savoureux-ou-eloge-de-la-mediocrite_1120477.html

Cordialement

by. Thierry

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