La liste
de mes envies fait une belle promesse, celle de nous faire rêver. Le
pitch est très simple : n’étant plus soumis à aucune contrainte
financière, que se passe-t-il quand il est possible de réaliser tous ses désirs.
En effet, Jocelyne Guerbette est l’heureuse gagnante de plus de dix huit millions d’euros, somme qui lui laisse une
totale liberté. Cette idée de départ est intéressante par les perspectives
possibles : philanthropie ou égoïsme, sérénité ou folie, cigale ou fourmi.
À croire qu’il y en avait trop, Grégoire Delacourt les a occultées. La
narration est cousue de fil blanc. Seul un maigre rebondissement vient la
ponctuer, très prévisible lui aussi. Par ailleurs, il est affligeant de voir à
quel point les personnages manquent de consistance. Jocelyne regroupe à elle
seule les clichés de la figure féminine de roman. Simple, sensible, naïve, aimante; elle travaille
dans une petite mercerie qui connaît miraculeusement un essor formidable grâce
à un blog qu’elle tient. Il va sans dire que ce blog de couture aide des
milliers de femmes à affronter les douleurs de la vie...
Clairement, Jocelyne est
un cocktail raté entre Emma Bovary et Joséphine, héroïne des Yeux Jaunes des Crocodiles. Car dans
l’idée de s’intéresser à des personnes à l’existence très ordinaire voir
monotone, Delacourt s’inscrit dans la lignée Pancol. Mais cette dernière, qui
n’est pas non plus indemne de toutes critiques, a le mérite de savoir donner du
corps à ses personnages. Les autres protagonistes manquent tout autant de
consistance. Par exemple, le mari est à la fois alcoolique, brutal, fou mais aimant,
doux et compréhensif. Contradictoire mais Delacourt l’a fait. Quant aux millions,
que deviennent-ils ?
Rien. Enfin rien d’étonnant si ce n’est une maison en
bord de mer, une aide médicale pour le père, une voiture pour la bonne
copine ; même s’ils ont failli s’envoler un instant. L’ensemble est très
acidulé, tellement que ça en est fade et sans saveur. La liste de mes envies, roman plein d’ambition, retombe donc dès
les premières pages comme un soufflé mal réchauffé. Malheureusement, ce livre a
de forte chance de se retrouver au pied
de votre sapin. C’est l’un des grands succès de 2012. Il est facile de
comprendre pourquoi. Philippe Labro disait cette semaine à propos d’un autre
best-seller de la saison, 50 shades of
grey, "c’est justement parce que c'est nul que ça se vend ».
Triste syllogisme mais syllogisme pertinent. Donc, si vous vous retrouviez avec
ce livre entre les mains, l’unique moment envisageable pour l’entamer est
lorsque votre grand oncle, un tantinet saoul, commencera à vanter les mérites
de Marine et de sa ravissante nièce blonde mais attention, tout de même, à
l’overdose de sensiblerie.
Alexis
Le Gras
Chroniqueur
Culture









1 commentaire:
La liste de mes envies: "roman savoureux" ou "éloge de la médiocrité"? Voici un bon article, en plus du votre, qui traite la question :
http://www.lexpress.fr/culture/livre/la-liste-de-mes-envies-roman-savoureux-ou-eloge-de-la-mediocrite_1120477.html
Cordialement
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