Ce n'est plus un secret : Laurent Blanc abandonne son poste de sélectionneur de l’équipe de France à l’issue d’une entrevue avec le président de la Fédération française de football Noël Le Graët, ce week-end. Panorama des candidats potentiels au poste suprême d’éducateur sportif, qui entrera en fonction le 15 août prochain au Havre à l’occasion d’un match amical contre l’Uruguay.
Didier Deschamps : Le natif de Bayonne apparaît comme le favori pour succéder au Cévenol à la tête des Bleus. Ancien capitaine de l’équipe de France, l’homme à la gourmette a successivement mené l’AS Monaco en finale de la Ligue des Champions en 2004, la Juventus Turin en Série A en 2007 puis l’OM au titre de champion en 2010. Pas mal pour un CV. Si l’on ajoute ses sept titres en trois ans avec Marseille, puis son apprentissage du métier d’entraîneur auprès des Goethals, Suaudeau, Lippi et Jacquet, DD fait bonne figure pour succéder au Président. En plus, il annonce publiquement qu’il souhaite quitter l’OM, à la suite de différends à répétition avec l’emblématique José Anigo. Seul bémol à son arrivée : il partage le même agent que Laurent Blanc, Jean-Pierre Bernès, que Le Graët ne souhaite plus voir rôder autour de l’équipe de France.
Ce qui va se passer contre l’Uruguay avec Deschamps sur le banc : Le Grand Stade du Havre (inauguré à l’occasion du match des Bleus) retient son souffle. Un petit gros aux cheveux blancs, coiffés en pics, chante une Marseillaise avec un fort accent basque. Tant sur le plan tactique que technique, l’EDF ressemble à l’OM version DD : un gros milieu Matuidi-Diarra-M’Vila chargé d’alimenter un Cabaye en position Luchoïenne verrouille l’entrejeu. Devant, Loïc Rémy se bat comme un beau diable, donnant des tours de rein à Diego Lugano. De l’engagement, peu de beau jeu, mais « La France a joué solide » : 1-0, but de Valbuena, entré à la 69ème minute, sur un service de Cabella (qui remplace Jérémy Ménez, suspendu 5 matches, pour assurer le quota « crête » de l’équipe).
Paul Le Guen : Le « chouchou » de Le Graët. Ancien entraineur du PSG, de l’OL (version winner) et des Glasgow Rangers, l’ancien sélectionneur du Cameroun (avec Samuel Eto’o) est choisi par la FFF pour sa connaissance du Golfe, en sa qualité de sélectionneur du sultanat d’Oman, afin de « préparer dans les meilleures conditions la coupe du Monde 2022 au Qatar » (sic). Résultat, le football français est mené par un duo breton Le Guen/Graët à faire rêver les bigoudènes. Historiquement bleu, blanc et rouge, le maillot de l’équipe de France devient blanc avec des rayures noires. Stéphane Guivarc’h est nommé entraineur des attaquants.
Ce qui va se passer contre l’Uruguay avec Le Guen sur le banc : Après un stage de trois jours à Carnac où les joueurs de l’équipe de France ont « appris à faire connaissance avec les traditions du pays » (sic), Le Guen aligne une équipe à vocation offensive : devant un trio Martin-M’Vila-Cabaye, Benzema joue à droite, Ribéry à gauche et Giroud en pointe. La France l’emporte 3-0, l’équipe titre « La renaissance ». Guivarc’h est réhabilité aux yeux de la nation et rappelle qu’il est champion du Monde. Ouest-France salue les choix gagnants de Le Guen : la titularisation de Romain Danzé, remplaçant au pied levé un Philippe Mexès victime d’une intoxication alimentaire (crêpe aux calamars), a satisfait tout son monde.
Éric Cantona : D’aucuns en ont rêvé, Noël Le Graët l’a fait. Irradié par le génie de Canto, le président de la FFF l’implore de devenir sélectionneur. Canto accepte, lui qui fut boudé par Aimé Jacquet, si malheureux en équipe de France. La presse s’interroge : « Cantona est-il encore lié au monde du football ? », s’interroge L’Équipe, alors que Première salut la reconversion réussie de l’ancien numéro 7 de Manchester United dans une interview de Ken Loach. Puis merde, Canto est l’ancien sélectionneur de l’équipe de France de beach-soccer.
Ce qui va se passer contre l’Uruguay avec Cantona sur le banc : Conférence de presse d’avant-match. Non loin du port du Havre, Canto nous ressort son couplet sur les sardines et les chalutiers. La presse nage dans le trouble, alors que Vincent Duluc et Pierre Ménès cherchent lesdites sardines pour organiser en zone mixte un barbecue (stratégie pour récolter une interview de Mandanda et Mexès, cela s’entend). Eric The King dit vouloir des « joueurs de caractères, avec des tripes et de l’envie ». Cyril Rool est nommé entraineur des défenseurs. Face à l’Uruguay, Mamadou Sakho, les yeux exorbités à la suite de la causerie transcendante d’avant-match de Canto (« De la sueur, du sang, des larmes »), découpe Edinson Cavani. Obligé d’être amputé de la jambe gauche, le transfert de l’attaquant napolitain vers le PSG est annulé. La carrière de Sakho à Paris aussi, du même coup. Sinon, la France gagne 2-1, avec un but mawashigeri d’Olivier Giroud célébré en montrant un t-shirt « OUH AH CANTONA ». Cantona détonne, l’équipe est cimentée, Nasri n’est plus appelé (« Je ne veux pas de petits branleurs »). Éric, why always him ?
Frédéric Antonetti : Au mois de juillet, alors que Laurent Blanc démissionne, les politiques s’emparent de l’équipe de France, comme toujours, réclamant de l’ « ordre » (Manuel Valls), de la « normalité » (François Hollande), de la « rigueur » (Jean-Marc Ayrault) et des « blancs » (Marine Le Pen). Aussitôt dit, aussitôt fait : afin de calmer tout ce petit monde, Le Graët nomme l’entraîneur de Rennes, réputé pour sa grande gueule, sur le banc de l’équipe de France. En plus, il permet de répondre à la hype corse, avec la montée de Bastia et le maintien d’Ajaccio en Ligue 1, et de résoudre la tentative d’indépendance de l’île de Beauté mené par Sébastien Squillaci une fois son contrat avec Arsenal résilié. L’homme à la sélection de 5 secondes, Franck Jurietti, est nommé entraineur-adjoint.
Ce qui va se passer contre l’Uruguay avec Antonetti sur le banc : Une semaine avant le match des Bleus, Antonetti annonce la couleur : il appliquera en EDF sa recette rennaise. Autrement dit, du muscle, de l’engagement, des tacles. L’équipe joue en 4-5-1, avec un milieu Diarra-Diaby-Matuidi-Matuidi-Capoue, afin de « museler Luis Suarez ». Résultat, un triste 0-0. A la fin du match, Antonetti pousse une gueulante. Ben Arfa, resté sur le banc, lui dit de se calmer. On ne reverra plus Ben Arfa en équipe de France.
Aimé Jacquet : Personne n’y avait pensé, sauf Noël Le Graët. Après les débâcles de Knysna et de Kircha, le football français est au plus mal. Alors que le besoin d’homme providentiel se fait sentir, Aimé Jacquet accepte de piger pour deux matches à la tête des Bleus, afin de « ramener l’esprit de 98 » dans cette équipe. Roger Lemerre est nommé entraineur-adjoint, Henri Émile intendant. Pour l’occasion, la France se dote d’une mascotte, en exhumant Footix de sa retraite. Comme un symbole.
Ce qui va se passer contre l’Uruguay avec Jacquet sur le banc : Aimé Jacquet l’avait annoncé, ce n’est pas le résultat qui compte, mais l’ambiance. Il convoque un groupe de 22 joueurs, chacun parrainé par un ancien de 98. Pour le symbole, Charbonnier prend Carrasso sous son aile, pour lui expliquer « le rôle très important du troisième gardien ». Personne ne veut être parrainé par Laurent Blanc. En revanche, les 22 convoqués se battent pour être parrainé par Zinédine Zidane. Finalement, c’est un nouvel appelé âgé de dix-sept ans, répondant au prénom d’Enzo et jouant au Real Madrid, qui a le droit d’être parrainé par l’idole d’une génération, avec un parfum de favoritisme. La France perd 3-0, Suarez inscrit un doublé de la tête sur corner, et la chevelure blonde de Forlan crucifie Lloris à la 90ème. Du côté français, on explique cette défaite par le malaise subi par Benzema le matin du match. Les lois de l’Histoire.
Régis Brouard : À la surprise générale, Le Graët nomme l’ancien entraineur de l’US Quevilly à la tête de l’équipe de France. Désirant « s’inspirer du football amateur », le président de la FFF justifie ce choix par l’ingéniosité de l’entraineur normand, capable de mener une équipe de facteurs et de bouchers en finale de la Coupe de France : « S’il a réussit ça avec Quevilly, il pourra mener Rami en finale de Coupe du Monde ». OK Noël.
Ce qui va se passer contre l’Uruguay avec Brouard sur le banc : Inconnu du star-system, du foot-business et du monde des agents, Brouard rompt avec les habitudes de l’équipe de France en ne sélectionnant que des seconds couteaux. Exit ainsi les Nasri, Benzema, Diarra et Lloris, place aux Mounier, Nivet et autres Jérémy Perbet. L’Équipe part en chasse du nouveau sélectionneur, l’accusant de tous les maux alors même qu’elle le célébrait, trois mois auparavant. À la surprise générale, la France gagne sereinement 2-0, avec un but de Geoffrey Dernis sur coup franc et de Jérémy Pied sur corner. Minute titre : « La vraie France gagne enfin ».
Auraient pu être cités : un tandem Battiston-Schumacher, Michel Platini himself, Arsène Wenger, Philippe Montanier, etc.
*Sources photos : http://s1.lemde.fr http://www.toofoot.com http://www.lefigaro.fr
Nicolas Docao
Chroniqueur Sportif pour Criticize Me et Le Plus Nouvel Obs











3 commentaire:
Et pourquoi pas Vikash Dhorasso !
Bravo c'est très drôle, Brouard m'a fait bien rire!
Ça m'a l'air bien parti pour le petit Descahmps, vu qu'il a stoppé son contrat avec l'OM
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