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Quand le Street Art a pignon sur rue

18 juin 2012



Ou « Comment Vendre de la Merde à des Cons ? »

Cette question existentielle devait à l’origine être le titre du film réalisé en 2010 par le mystérieux Banksi, artiste phare et énigmatique du mouvement street art actuel, et finalement intitulé « Faites le mur ! ». Mais le titre anglais est bien plus pertinent : « Exit Through the Gift Shop » (La sortie se fait par la boutique).
Cet excellent docu retrace la grande époque de l’art urbain des années 90 et le quotidien de quelques-uns de ses principaux protagonistes, Space invader, Banksi, Zeus, Shepard Fairey, et surtout l’improbable et controversé Thierry Guetta (aussi connu sous le nom de Mr Brainwash), imposteur de génie, qui inspirera le titre originel du film…
Le film dépeint la créativité et l’incroyable énergie du mouvement street art et sa fulgurante récupération par la société de consommation. Il dénonce également l’inconsistance et le mercantilisme du marché de l’art qui érige en stars des artistes ayant acquis une bonne cote parfois de façon complètement superficielle (influence, buzz).

Comme son nom l’indique, le street art est né dans la rue. Longtemps réprimé, considéré comme un acte de vandalisme en opposition avec les valeurs de la société, il fait aujourd’hui son entrée sur le marché de l’art. Les musées, galeries et autres ventes aux enchères s’arrachent les œuvres de Banksi et consorts. En 5 ans, le prix des œuvres a explosé. Ce succès naissant, conférant au mouvement à la fois reconnaissance et respect, ne lui fait-il pas perdre par là même son identité, son sens, et paradoxalement, sa valeur?

Quand le vandalisme se fait Art

Né dans la rue, Tags au Grand Palais, Mimi the clown, Paris by…, Fifty Fifty, Mosko et associés, Du Mur à la Toile, Act Up (re)tague Paris, 44 De l’Art contemporain à l’Art Urbain … on ne compte plus le nombre d’ expos / vernissages / ventes aux enchères / projets autour du street art, programmés ces dernières années en France et dans le monde. Le street art a aujourd’hui acquit ses lettres de noblesse et fait partie intégrante de la grande famille de l’art contemporain (silence recueilli…).
Mais avant de devenir un mouvement artistique avant-gardiste, le street art se résumait à de simples tags, juste histoire de marquer son territoire. Il est petit à petit devenu un mode de vie, une expression artistique clandestine en opposition à l’establishment. Autocollants, pochoirs, affiches, installations, sculptures éphémères… tous les moyens sont bons pour s’exprimer, avec une volonté profonde de s’approprier la ville sans être régie par aucune règle.
Et au fil des années, la compétition stylistique entre graffeurs participera à l’émergence d’une vraie esthétique et d’une technique digne de plus grands maîtres.




Quand l’art devient Business

À l’instar de toutes les contre-cultures, mouvement punk rock, hippie, surréalisme, hip-hop et tant d’autres formes d’expressions contestataires, tôt ou tard récupérées et exploitées par le marché, le street art est aujourd’hui devenu une tendance lourde et même un business très rentable, trop peut-être?
Avec l’explosion des prix (une œuvre estimée à 100 euros en 2005 en vaut aujourd’hui 300 000), la spéculation va bon train, et les artistes cotés s’arrachent chez Sotheby’s ou finissent entre un Modigliani et un Renoir dans les toilettes de quelque collectionneur en mal d’exotisme.
Résultat des courses : certains artistes deviennent de véritables phénomènes de mode que l’économie marchande s’arrache. Comble du paradoxe, les écoles d’art en viennent même à planifier des cours de street art à leur cursus éducatif.

Mais alors peut-on encore parler de « street » art ?

La domestication du street art et ses conséquences sur son identité (monétisation des œuvres, fluctuation de la cote des artistes, commandes, changement de support et de public) pose la question de la légitimité de son appellation de « STREET » art. Quand un artiste urbain réalise la pochette du dernier album de Madonna (Mr Brainwash) ou l’affiche de la campagne d’Obama (Shepard Fairey) peut-on encore utiliser le terme de street art dont le principe premier est de jouer avec les éléments urbains ?
À l’instar d’un Jean-Michel Basquiat (d’abord graffeur connu sous le nom de « Samo »), c’est le droit le plus entier des artistes urbains de surfer sur la vague du succès en s’essayant à un nouveau langage, et à de nouvelles expérimentations, mais il conviendrait peut-être alors de repenser le nom de cet AUTRE mouvement qu’est : le street art hors des rues…




Marine Cochet
Rédactrice Arts & Divertissement pour Criticize Me





3 commentaire:

Banksi = Street Art ?

by. mLo

Très sympa comme article ! Le street Art est à mon sens, quelque chose d'unique !

by. Bastien

le "street art" c'est pas ce truc inventé par les petits étudiants d'école d'art qui n'ont pas le courage de tenir des spray dans la rue ?

(salut Marine ^^)

by. Reno

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