Ou « Comment Vendre de la Merde à des Cons
? »
Cette question existentielle devait à l’origine être
le titre du film réalisé en 2010 par
le mystérieux Banksi, artiste phare et énigmatique du mouvement street art actuel,
et finalement intitulé « Faites le mur ! ». Mais le titre
anglais est bien plus pertinent : « Exit Through the Gift Shop » (La sortie se fait par
la boutique).
Cet excellent docu retrace la grande époque de l’art
urbain des années 90 et le quotidien de quelques-uns de ses principaux
protagonistes, Space
invader, Banksi, Zeus, Shepard Fairey, et surtout l’improbable et controversé
Thierry Guetta (aussi connu sous le nom de Mr Brainwash), imposteur de génie,
qui inspirera le titre originel du film…
Le film dépeint la créativité et l’incroyable
énergie du mouvement street art et sa fulgurante récupération par la société de
consommation. Il dénonce également l’inconsistance et le mercantilisme du
marché de l’art qui érige en stars des artistes ayant acquis une bonne cote
parfois de façon complètement superficielle (influence, buzz).
Comme son nom l’indique, le street art est né dans la
rue. Longtemps réprimé, considéré comme un acte de vandalisme en opposition avec les valeurs de la société, il fait
aujourd’hui son entrée sur le marché de l’art. Les musées, galeries et autres
ventes aux enchères s’arrachent les œuvres de Banksi et consorts. En 5 ans, le
prix des œuvres a explosé. Ce succès naissant, conférant au mouvement à la fois
reconnaissance et respect, ne lui fait-il pas perdre par là même son identité,
son sens, et paradoxalement, sa valeur?
Quand le
vandalisme se fait Art
Né dans la rue, Tags au Grand Palais, Mimi the clown, Paris by…, Fifty
Fifty, Mosko et associés, Du Mur à la Toile, Act Up (re)tague Paris, 44 De
l’Art contemporain à l’Art Urbain … on ne compte plus le nombre d’ expos /
vernissages / ventes aux enchères / projets autour du street art, programmés
ces dernières années en France et dans le monde. Le street art a aujourd’hui acquit ses
lettres de noblesse et fait partie intégrante de la grande famille de l’art
contemporain (silence recueilli…).
Mais avant de devenir un mouvement artistique
avant-gardiste, le street art se résumait à de simples tags, juste histoire de
marquer son territoire. Il est petit à petit devenu un mode de vie, une
expression artistique clandestine en opposition à l’establishment.
Autocollants, pochoirs, affiches, installations, sculptures éphémères… tous les
moyens sont bons pour s’exprimer, avec une volonté profonde de s’approprier la
ville sans être régie par aucune règle.
Et au fil des années, la compétition stylistique
entre graffeurs participera à l’émergence d’une vraie esthétique et d’une
technique digne de plus grands maîtres.
Quand l’art
devient Business
À l’instar de toutes les contre-cultures, mouvement
punk rock, hippie, surréalisme, hip-hop et tant d’autres formes d’expressions
contestataires, tôt ou tard récupérées et exploitées par le marché, le street
art est aujourd’hui devenu une tendance lourde et même un business très
rentable, trop peut-être?
Avec l’explosion des prix (une œuvre estimée à 100
euros en 2005 en vaut aujourd’hui 300 000), la spéculation va bon train, et les
artistes cotés s’arrachent chez Sotheby’s ou finissent entre un Modigliani et
un Renoir dans les toilettes de quelque collectionneur en mal d’exotisme.
Résultat des courses : certains artistes deviennent
de véritables phénomènes de mode que l’économie marchande s’arrache. Comble du
paradoxe, les
écoles d’art en viennent même à planifier des cours de street art à leur cursus
éducatif.
Mais alors peut-on encore parler
de « street » art ?
La domestication du street art et ses conséquences sur
son identité (monétisation des œuvres, fluctuation de la cote des artistes, commandes,
changement de support et de public) pose la question de la légitimité de son
appellation de « STREET » art. Quand un artiste urbain réalise la
pochette du dernier album de Madonna (Mr Brainwash) ou l’affiche de la campagne
d’Obama (Shepard Fairey) peut-on encore utiliser le terme de street art
dont le principe premier est de jouer avec les éléments urbains ?
À l’instar d’un Jean-Michel Basquiat (d’abord
graffeur connu sous le nom de « Samo »), c’est le droit le plus
entier des artistes urbains de surfer sur la vague du succès en s’essayant à un
nouveau langage, et à de nouvelles expérimentations, mais il conviendrait
peut-être alors de repenser le nom de cet AUTRE mouvement qu’est : le
street art hors des rues…












3 commentaire:
Banksi = Street Art ?
Très sympa comme article ! Le street Art est à mon sens, quelque chose d'unique !
le "street art" c'est pas ce truc inventé par les petits étudiants d'école d'art qui n'ont pas le courage de tenir des spray dans la rue ?
(salut Marine ^^)
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