|

Confessions d'un infirmier

24 nov. 2011



Infirmier est un métier à part. Un métier où l'on est confronté à la maladie, à la mort parfois. Un métier particulier qui est, quelques fois difficile à comprendre. Entre les relations avec les patients, celle avec les médecins, le salaire qui, souvent, fait débat, ou encore le désir qui pousse chaque jour le corps infirmier à se dépasser au service du malade, retour sur un métier si particulier avec un jeune infirmier en réanimation, un service si particulier.




Pour mieux nous situer, racontez-nous votre quotidien. Journée type, horaires, conditions de travail...

Travaillant de nuit, ma journée type commence à 21h par les transmissions (informations transmises par l’infirmière ayant prise en charge les patients dans l’après-midi). La nuit se déroule ensuite au rythme des traitements à administrer, des constantes à relever, de la gestion des imprévus, des entrées possibles …

Elle se termine par les transmissions à la collègue prenant la relève à 6h45.
Les conditions de travail sont dépendantes de la charge de travail (nuit « calme » avec peu de patients qui sont plutôt stables ou « grosse » nuit avec des patients instables et l’arrivée de plusieurs patients en état critique) ; de l’expérience des collègues infirmiers, aides-soignants, médecins (qualité et rapidité des soins) ; et de l’attitude des patients (pour certains l’hôpital est comme un hôtel où le personnel doit être entièrement à leur disposition).
Au final, quelques soient les conditions le travail se fait et même bien.


Ce métier est-il facilement conciliable avec une vie privée?

Pour la majorité des infirmiers, les horaires de travail peuvent être assez contraignants, que ce soit de jour avec des heures d’embauche assez tôt (6h30) et de débauche assez tard (21h30) comme de nuit.
De plus, travailler les WE comme les jours fériés n’est pas toujours facile à gérer avec les conjoints et les enfants.
A côté de ça, nous, travaillant de nuit, avons le droit à un nombre de jours de repos et de congés correct.
La souffrance psychologique pour certains (personnellement je ne me sens pas concerné) résultant de la confrontation à la maladie, à la souffrance, à la mort peut nuire à la vie familiale et sociale.

Depuis de nombreuses années, une grosse polémique fait constamment surface sur le salaire des infirmiers. Estimez-vous être sous-payé vis à vis du travail fourni ? Et parallèlement, trouvez-vous que certains membres du personnel médical sont au contraire surpayés comme par exemple les médecins ?
Les conditions de salaire des infirmiers mériteraient d’être revues à la hausse.
Pour exemple, un infirmier qui commence gagne environ 1300€ nets par mois. Avec un SMIC actuellement à environ 1100€ nets, la différence est maigre.
De plus, nous suivons un cursus de 3 années d’études après le baccalauréat et avons donc un équivalent de licence.
Je pense que plus d’être sous-payés vis-à-vis du travail fourni c’est vis-à-vis de la responsabilité que nous avons.
Nous ne sauvons pas des vies certes mais nous avons la responsabilité de l’état de santé de personnes malades et n’avons pas le droit à l’erreur (le mauvais médicament donné à un patient peut avoir des conséquences catastrophiques).
Je ne remettrai pas en causes les conditions salariales des médecins compte-tenu de leur responsabilité, du nombre d’heures effectuées par jour et par semaine et de leur niveau d’étude.


A propos des médecins, on entend souvent dire qu'il y a peu de considérations de leur part envers le corps infirmier. Avez-vous déjà eu des réflexions désobligeantes de la part de médecins ?

En réanimation où je travaille, le travail en collaboration médecin-infirmier est la base de la prise en charge.
Chacun agit à son niveau et nous sommes tous indispensables auprès du patient.
Nous sommes là pour les assister lors des soins médicaux auprès des malades mais c’est aussi nous qui sommes en permanence auprès des patients et donc les premiers à pouvoir voir le ou les problèmes du patient.
Nous sommes les premiers à intervenir en cas d’urgence en attendant le médecin.
La confiance du médecin en le personnel présent est primordiale tout comme celle de l’équipe paramédicale en le médecin de garde.
J’ai déjà eu quelques réflexions désobligeantes, principalement en début de carrière, mais dans l’ensemble le travail se passe très bien avec les médecins.
Pour résumer, nous ne travaillons pas sous les ordres du docteur mais ensemble, chacun à son niveau.



Dans votre métier, vous êtes malheureusement amener à rencontrer des patients mourants. Comment abordez-vous la rencontre avec ces derniers ? A-t-on une formation adéquate dans une école d'infirmier, pour aborder plus tard ce genre de cas ? Quels sont les aspects les plus difficiles de ce métier?

La mort fait partie intégrante de l’exercice de notre profession.
J’ai reçu une formation sur la prise en charge de la personne mourante et décédée lors de ma formation mais le ressenti face à une personne décédée est propre à chaque personne.
J’ai souvent vu la mort comme un « soulagement » de la souffrance de la personne et de son entourage face à une situation désespérée.
Il y a aussi des morts qui peuvent paraître injustes, comme le jeune renversée par une personne saoule et pour lequel il n’y a malheureusement rien à faire, les lésions étant trop graves.
En tout cas, le décès d’une personne n’a jamais eu d’incidence sur ma vie privée, cela fait partie du boulot.
Comme aspects difficiles, je rajouterai le comportement des patients qui peuvent être odieux, insultants, méprisants voire violents.

J'imagine qu'il y a aussi des côtés positifs ?
Bien sûr qu’il y en a et même plus que de côtés négatifs !
J’ai la chance de travailler dans une équipe soudée, efficace et expérimentée.
Nous tournons souvent en dérision ce qui pour certaines personnes seraient des situations de souffrance et voyons très souvent les choses avec humour ce qui pourrait être choquant pour beaucoup de personnes.
C’est un métier ou le sentiment d’avoir été utile à quelqu’un se fait ressentir très souvent et je me sens épanoui dans mon travail.
La bonne opinion que l’ensemble de la population a sur le métier d’infirmier est valorisante aussi.

Récemment, le film « intouchable » traitant du handicap d'un personnage a attiré les foules au cinéma. Vous qui suivez régulièrement des personnes atteintes de maladie ou handicap, trouvez-vous important d'aborder ces thèmes avec humour ?
L’humour peut être une solution pour se rassurer et se sentir plus à l’aise face au handicap.
Toutefois, dans mon service, nous nous occupons de ces personnes dans les jours qui suivent le traumatisme et c’est là que le diagnostic de paralysie leur est annoncé.
C’est donc trop tôt pour pouvoir en plaisanter avec eux ou avec leur entourage mais entre collègues nous ne nous en privons pas.
Nous pouvons aborder la maladie ou le handicap avec humour sans manquer de respect à la personne.
Personnellement, ayant grandi avec deux sœurs handicapées visuelles, j’ai compris l’intérêt de voir le handicap autrement que comme une source de lamentation.

L’humour permet de voir et de vivre le handicap avec légèreté, et de briser aussi le « politiquement correct ». 

Vous imaginez-vous exercer ce métier toute votre vie?

Malgré des conditions de travail parfois difficiles, je n’ai pas pour l’instant comme objectif de me réorienter professionnellement.
J’aime mon métier et je l’exerce avec plaisir et je ne me vois pas faire un autre travail.
La palette de postes infirmiers est large (hôpital, libéral, scolaire …) si bien qu’elle permet d’exercer de manières très différentes ce métier.
J’envisage éventuellement de me spécialiser plus tard en passant un diplôme d’état d’infirmier anesthésiste pour parfaire mes connaissances et ma pratique dans le domaine de l’anesthésie-réanimation.

* Source photo : http://www.fo-hopital-saverne.net http://www.coordination-nationale-infirmiere.org
Propos recueillis par 



Benjamin Bousquet
 Co-fondateur, rédacteur & animateur pour Criticize Me

0 commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les Éditorialistes

-----------

 

© 2010 Criticize Me | Design by OOruc.com