Jamais propre, quelques fois mal fréquenté et très souvent bondé, le métro parisien est souvent l'objet de controverses et de mécontentement.C'est avant tout une entreprise : la RATP qui offre des emplois souvent critiqués et difficiles à assumer pour le personnel. C'est aussi une population qui vit la. Des jeunes ou moins jeunes à qui la vie n'a pas toujours sourit. L'usager, lorsqu'il prend le métro pour se rendre à son travail ou à son domicile est quelques fois loin de se douter de l'activité et de la mouvance réelle des différentes stations. Pour mieux visualiser la vie souterraine ferroviaire, nous avons mené l'enquête, en interrogeant tout d'abord un conducteur de métro que nous couvrirons d'anonymat, suite à une certaine pression dont peuvent souffrir ce personnel. Puis, nous interviewerons Jay, un jeune de 28 ans qui connait bien le métro parisien, puisqu'il y mendie depuis maintenant 5 ans.
Entre idées reçues et polémiques, notre chauffeur de métro a répondu à toutes nos questions sans tabous moyennant le respect de son anonymat. Passé un BEP/CAP conduite et service dans le transport routier ce conducteur a ensuite été pendant un an chauffeur routier en international puis quatre ans en tant que chauffeur routier national. A l’âge de 24 ans il est entré à la RATP en tant que machiniste receveur plus connu sous le nom de conducteur de bus dans la région parisienne, puis a décidé de passer un cap avec l’objectif de devenir conducteur de métro ce qui s'est fait depuis la rentrée.
Pourquoi avoir choisi ce travail ?
Au départ j’ai recherché la sécurité de l’emploi en allant voir où il y avait du travail tout simplement et mon envie de voyager s’est ajouté.
Comment se passe la formation d’un conducteur de métro ?
« A noter que la moindre erreur, concernant les questions de sécurité, est éliminatoire ! »
Tout d’abord pour accéder à cette formation il y a un concours sélectif qui ne donne pas le droit à l’erreur. Il y a également une rencontre avec un psychologue, puis un test psycho moteur et enfin une visite médicale. Le concours est une étape décisive et cruciale, sur les 40 participants, seulement 10 à 15 partent pour les 3 mois de formation qui constituent la dernière étape. Sur ces 3 mois de formation on compte lors du premier mois 14 jours de terrain où l’on part avec un conducteur conduire sur une ligne avec présence de voyageurs. On nous divise ensuite en 2 parties et on commence les premiers examens. Ces tests écrits portent sur la réglementation, mais aussi sur la prise en charge d’un train et de voyageurs, ainsi que d’une partie signal d’alarme. A l’issue de ces tests, il y a une épreuve de conduite en ligne avec voyageur durant 5 inters stations. Pour finir ce premier mois de formation il y a un QCM de 100 questions accompagnées de 5 questions ouvertes et une nouvelle sélection se fait. A noter que la moindre erreur, concernant les questions de sécurité, est éliminatoire ! S’en suivent deux mois de formations et une dernière épreuve de 3 jours sur ligne.
Comment définir vos conditions de travail ?
On travaille environ 6h30 par jours, ce qui est avantageux. De plus, sur une année nous avons pas mal de temps de repos : 121 jours et 28 congés annuels. Nous travaillons soit le matin, soit l’après midi ou encore le soir. Les emplois du temps sont définis et différents chaque semaine. Néanmoins, le rythme de travail le weekend est spécial : Nous travaillons 4 weekends puis 2 weekend de repos. Il nous arrive évidement de travailler également les jours fériés, le 25 décembre et le jour de l’an, notamment. Sur les anciennes lignes il n’y a pas de climatisation.
Enfin, la question des cotisations retraite qui semble intéresser beaucoup les gens : Avant, il fallait cotiser 37.5 années et maintenant nous sommes passés à 41 et bientôt 42 années de cotisation pour une retraite pleine.
Enfin, la question des cotisations retraite qui semble intéresser beaucoup les gens : Avant, il fallait cotiser 37.5 années et maintenant nous sommes passés à 41 et bientôt 42 années de cotisation pour une retraite pleine.
Pouvez-vous expliquer le raz le bol des parisiens concernant les grèves à répétions et retards ? Est-ce une idée reçue ou bien la réalité ?
Il faut savoir que lorsqu’il y a une grève, les médias ont une fâcheuse tendance à détourner la réalité. Si l’on regarde les statistiques, 75% des gens comprennent nos mouvements sociaux. Le côté « ras le bol » des parisiens provient des médias qui aiment en rajouter. Aujourd’hui en France il y a plus de jours de grèves dans le privé que dans le public ! De plus, sachez que 95 à 98% des trains sont à l’heure !
Votre journée type ?
Je me réveille à 4 heures du matin, je pars de chez moi vers 4h30 et je prends mon service à 5h15. Je ne considère pas ces horaires comme contraignants car je termine tôt le boulot. Malgré tout, ces horaires restent éprouvants physiquement sur le long terme et on le sent bien à la fin de la semaine !
"Si présence de vomi ou de tags politiques ou racistes, le train ne sort pas et il est signalé"
Pour commencer la journée je sors le train, il y a systématiquement une vérification de toutes les sécurités (présences d’extincteurs, fonctionnement de tous les comodaux et voyants sur les cabines avant et arrière du train.), de l’intérieur des wagons (si présence de vomi ou de tags politiques ou racistes, le train ne sort pas et il est signalé), des freins et tous les dispositifs qui peuvent arrêter le train et, enfin, du bon fonctionnement des portes. Temps nécessaire : environ 15 minutes.
Après on part en ligne et nous effectuons 3 tours complet par jours. Il peut y avoir des pauses et coupures où l’on nous demande souvent de bouger et déplacer des trains. Au début ou à la fin du service nous assistons à des réunions d'informations afin de maintenir nos connaissances en terme de sécurité et de suivi du matériel. Je finis ma journée à 11h45 et je suis donc chez moi à 12h30. Il en est de même pour l’après midi que j’affectionne plus.
Après on part en ligne et nous effectuons 3 tours complet par jours. Il peut y avoir des pauses et coupures où l’on nous demande souvent de bouger et déplacer des trains. Au début ou à la fin du service nous assistons à des réunions d'informations afin de maintenir nos connaissances en terme de sécurité et de suivi du matériel. Je finis ma journée à 11h45 et je suis donc chez moi à 12h30. Il en est de même pour l’après midi que j’affectionne plus.
Est-ce qu’on peut dire que conducteur de métro ou de RER est un métier à risque et sous pression?
« Il y a aussi la peur permanente du suicide. L’arrivée à chaque station est une crainte. »
Il y a bien évidemment une pression psychologique mais qu’on vit bien en tant que conducteur car on est formé pour ça. C’est plus dur à supporter dans les bureaux où la pression doit être davantage élevée et où l’on n’a pas la maîtrise que l’on a dans son train. Il y a aussi la peur permanente du suicide. L’arrivée à chaque station est une crainte. Malgré tout si cela devait arriver je suis prêt à l’assumer. Sinon il y a une bonne ambiance de groupe. Sur la santé il faut savoir que notre vue baisse au fur et à mesure des années car on est toujours dans le noir. Ce qu’on respire n’est pas toujours très sain et il peut arriver de rejeter du noir en se mouchant à la fin du service.
Quelles sont les principales causes de retards chaque jour ? Qu’est ce qui prévaut aujourd’hui à la RATP ? La sécurité des voyageurs ? Le nombre de voyageurs transportés chaque jour ?
Soyons clair et sincère, pour la RATP la priorité est sans aucun doute le rendement au niveau du métro et du nombre de voyageurs que l’on va prendre chaque jour. Nous avons des objectifs à remplir par rapport à la région et la RATP sera payée au kilomètre. On nous le dit au cours de notre formation et on le conçoit très bien. Concernant les causes de retards j’en appelle à toutes les personnes qui prennent le métro au quotidien : Arrêtez de bloquer les portes lorsque ça sonne pour absolument prendre ce train ! Il y a des métros très régulièrement alors arrêtez vous lorsque vous entendez retentir la sonnerie et attendez le métro suivant.
Soyons clair et sincère, pour la RATP la priorité est sans aucun doute le rendement au niveau du métro et du nombre de voyageurs que l’on va prendre chaque jour. Nous avons des objectifs à remplir par rapport à la région et la RATP sera payée au kilomètre. On nous le dit au cours de notre formation et on le conçoit très bien. Concernant les causes de retards j’en appelle à toutes les personnes qui prennent le métro au quotidien : Arrêtez de bloquer les portes lorsque ça sonne pour absolument prendre ce train ! Il y a des métros très régulièrement alors arrêtez vous lorsque vous entendez retentir la sonnerie et attendez le métro suivant.
A quoi pouvons nous nous attendre en termes d’innovation dans les années à venir ?
L’objectif pour la RATP concerne actuellement la ligne 4 afin qu’elle devienne totalement automatique comme pour les lignes 1 et 14.
La RATP un état dans l’état ?
Par le passé en effet la RATP régissait ses propres règles en interne; mais avec l’expansion de l’Europe et des lois européennes il y a des règles qui sont établis au niveau européen qu’on est obligé de suivre.
En off, vous m’avez parlé d’une polémique sur les lignes 8 et 7 et RER b. Pouvez-vous m’en dire plus et m’expliquer ?
En effet, il a été découvert récemment, la présence d’amiante dans les wagons. Elle proviendrait et daterait de la construction des trains. En interne, on nous promet que cela n’est pas dangereux mais j’ai de gros doutes. Une enquête est en cours et je reste persuadé que notre santé est exposée et les utilisateurs pourront en subir les conséquences bien évidement. L’aspect trop coûteux des rénovations de ces lignes est pour moi la raison des arguments avancés par la RATP pour nous convaincre du non danger de cette amiante.
Quel a été la réaction du personnel de la RATP concernant la mise à disposition de tramway pour l’évacuation des roms ?
En réalité, ils voulaient faire monter les roms par groupe de dix dans les trams. Seulement cela gênait les passagers et donc un sous-chef du service a mis à disposition une rame pour les évacuer tous d’un coup. Cela a choqué bien sûr car, hors contexte, cela rappelle certaines heures sombres de notre histoire. Au delà de trouver ça choquant, j’ai trouvé cela surtout très maladroit !
Autre interview, autre personnage. C'est maintenant à la rencontre de Jay que nous allons. L'une des "figures" du monde souterrain.
Jay a 28 ans dont 5 ans de rue. Après des complications familiales et la perte de son boulot, il erre dans le métro parisien. Ses lignes préférées ? La 2 et la 9 car c'est là qu'il rencontre le plus de monde aux origines différentes. Décidé à comprendre le monde du métro parisien dans son ensemble, je ne me pose pas de questions. Je viens vers lui, et lui propose un café, en expliquant le but de mon interview. Voyant, la considération que je porte à son témoignage, il accepte, car de la considération, il n'en a pas toujours.
Jay, nous n'allons pas revenir en détails sur ton histoire, mais peux tu seulement nous rappeler depuis combien de temps, tu mendies dans le métro parisien ?
Ça va faire trois ans. Je me suis retrouvé à la rue il y a près de cinq ans, mais je n'ai pas commencé tout de suite à faire le métro.
Pourquoi ?
J'avais l'impression que ça allait s'arranger, puis j'avais des amis qui, au départ m'aidaient. Je n’en ressentais pas le besoin immédiatement.
A un moment pourtant, tu t'es senti obligé ?
Oui, l'argent venait à manquer et je suis comme tout le monde, je dois me nourrir.
Racontes nous un peu tes journées au sein du métro parisien.
Je me lève tôt, d'une part parce que je dors mal et surtout parce que le matin, les gens sont plus généreux, va savoir pourquoi. Et puis je me lance, je chante un peu (il possède un clavier électronique) et je circule dans les wagons. En général je ne prononce que deux mots : "s'il vous plait" et "merci".
J’imagine qu'au départ ça devait être très dur ...
Je pense que tu n'imagines pas, non. On ne peut pas savoir avant de le faire. On se sent honteux, on a sans cesse l'impression d'être un fardeau pour les autres, et quelques fois le moral baisse.
Les gens, les usagers, comment te perçoivent-ils ?
Certains son gênés, d'autres sont attentifs, de toute façon ça fait partie de leurs quotidien. Mais comme je le disais, on a souvent l'impression d'être un fardeau pour eux.
Que penses-tu de ceux qui ne te donnent jamais rien ?
Je ne leur en veux pas. Je ne peux pas leur en vouloir. On a tous nos problèmes et s’ils ne donnent rien, c'est qu'ils ne peuvent pas. Ce n'est pas à eux de régler les miens. Par contre j'en veux à ceux qui me méprisent, qui me regardent comme la dernière des merdes. Eux je leur en veux, car ils ne savent pas, ils ne peuvent pas me juger comme ça. Comme eux, je suis un être humain. Un être humain qui n'a pas eu toujours de la chance.
Aujourd'hui, en faisant la manche dans le métro, tu peux te faire jusqu'à combien en une journée ?
Je dirais 20-30 euros, ce qui est largement assez pour manger. Dormir ailleurs que dans la rue, c'est une autre histoire.
En étant constamment dans le métro, tous les jours, se l'approprie-t-on ?
On a l'impression d'être chez nous. C'est sale, ça sent mauvais, mais au moins on ne nous chasse plus. Et nous sommes les meilleurs observateurs de tous les temps ! touristes, étudiants, personnes âgées, c'est souvent drôle de voir tous les types de personnes venir et circuler à leurs manières... Il m'est même arrivé d'en aider, une fois.
Ah oui ?
Oui, un touriste voulait prendre un truc à manger au distributeur et le truc s'est bloqué, je l'ai aidé à bouger la machine pour pouvoir récupérer la barre qu'il avait acheté. Il m'a remercié avec un grand sourire et est parti, sans savoir qu'au fond, je l'aurai bien aimé moi la barre.
Etant donné ta situation, as tu déjà pensé à voler, pour obtenir de l'argent ?
Bien sur, je crois même l'avoir fait une fois. Tant qu'en chantant, je peux obtenir de l'argent, je le ferai, mais encore une fois il faut bien que je mange. Certains pensent que les gens à la rue, ne sont que des voleurs et n'ont que ce qu'ils méritent, mais parfois, la vie tourne d'un coup, et la tu te retrouves dans la merde.
Après cet entretien poignant, je me tourne vers le comptoir près à payer les deux consommations, quand je l'entends prononcer ces très simples mots "tu es sur que tu ne veux pas que je paye mon café ?" Même dans la difficulté, le coté humain résiste en chacun de nous, et lui se sent toujours redevable, sur tout. "Oui, j'en suis sur", lui répondis-je.
*Source photo : ratp, http://blog.photos-libres.fr http://www.lalibre.be

Antoine Deiana
Co-fondateur, rédacteur & animateur pour Criticize Me
Benjamin Bousquet
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3 commentaire:
J'ai trouvé cette enquête touchante! C'est vrai que dans les deux situations évoquées, on ne prend surement pas assez de recul! C'est dommage finalement, mais c'est le stress inébranlable des parisiens... pas le temps, jamais le temps^^
Je ne sais pas si j'aurai eut le "courage" d'interviewer un sans abris, mais je pense que ce fameux Jay a apprécier votre démarche en quelque sort, et ça lui à peut être même "remonter" le moral de se sentir utile.
A bientôt.
SG :p
Pas mal, bravo pour ces interviews de terrain.
Nico
C'est très touchant.Le métro, c'est un monde dans un autre monde.Moi ça me fait penser à "L'Assomoir" de zola.
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