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Quand le journalisme devient Publicité 2/6

13 sept. 2011

"Quand le journalisme devient publicité"
L'art de communiquer sur une personne physique ou morale à travers des articles et enquêtes journalistiques. Une grande enquête en six parties.




Le journalisme et ses valeurs

Les études de journalisme attirent bon nombre d’étudiants, encore aujourd’hui, et les conditions d’entrée dans les écoles de journalisme sont sévères tant en culture générale qu’en capacités d’écriture. Ce qui pourrait sembler normal étant donné l’attrait de ce métier auprès des jeunes mais qui s’inscrit un peu en faux par rapport à la multiplication actuelle des médias[1]. Il convient donc de se poser la question : Qu’est ce qu’est un journaliste ? 

Une fois encore il faut partir de la définition officielle relayée par les dictionnaires : 


« Ensemble des activités se rapportant à la rédaction d'un journal ou à tout autre organe de presse écrite ou audiovisuelle (collecte, sélection, mise en forme de l'information) ; profession du journaliste. Il s’agit d’une manière d'écrire, de présenter les événements, propre aux journalistes. »[2]


Voici la définition du journalisme tel que l’entend l’encyclopédie Larousse aujourd’hui. Elle désigne des capacités professionnelles, une  profession mais ne dit rien de l’éthique des dits journalistes. Une autre définition est celle du dictionnaire Lexigos sur internet encore plus rapide « Personne dont le métier est d'écrire dans un ou plusieurs journaux ». Il est intéressant de noter dans cette définition que sont exclus tous ceux qui travaillent pour les medias audiovisuels ou internet. Cette définition semble tout à fait dépassée voire obsolète pour désigner l’ensemble des porteurs d’une carte de journaliste, sésame pour être bien placé lors de l’entrée du festival de Cannes ou accrédités auprès des organismes politiques, financiers, économiques ou culturels de la planète. Seuls ces accrédités peuvent prétendre loger dans les immeubles de presse de la planète en guerre en Lybie par exemple.  Cette deuxième définition ne met pas plus en avant les capacités professionnelles demandées à ces journalistes et bien sur ne met pas l’accent non plus sur l’éthique journalistique[3]


         En effet, dans cette définition nous ne voyons à aucun moment le terme de « prise de position » pour qualifier le métier de journaliste. Celui-ci ne serait-il alors jamais confronté à ce problème ? Aurait-il sans cesse la possibilité de relater et de mettre en forme des informations sans intervenir en tant qu’homme, en tant que citoyen ou simplement en tant qu’être engagé ? Y- a –t-il une possibilité de mettre en forme de manière détachée ? Cette question est très ancienne et dans les préfaces de bien des écrits de journalistes ou d’historiens confrontés au même problème, on trouve mention du fait que seules ont été mises en formes et classées des informations sans prise de position de leur auteur. Dans des périodes historiques anciennes ou sous des régimes autoritaires, prendre position pouvait se révéler dangereux : ces préfaces étaient donc une garantie, une manière de se protéger mais trompaient-elles vraiment quelqu’un ? En effet,   lorsqu’un individu écrit, rédige et raconte des événements, il est normal de penser que ce dernier ne peut être totalement neutre et ne peut faire ressortir un tant soit peu de ses propres sentiments vis-à-vis de ce qu’il évoque.



    Au départ le journaliste ne serait alors qu’un homme ou une femme qui s’intéresse uniquement aux faits ? L’exemple  de la Lybie est intéressant à ce point de vue ; les journalistes du monde entier se sont retrouvés du coté des rebelles à Benghazi au moment ou l’armée libyenne menaçait la ville d’écrasement. Les appels au secours de la population ont été relayés par les journalistes en direction des pouvoirs politiques occidentaux, de l’Onu et des opinions publiques internationales. Sans l’engagement physique et moral des journalistes, les pays occidentaux déjà très divisés sur cette affaire, ne seraient peut être pas intervenus. L’exemple Syrien illustre tout à fait ce phénomène en creux, puisque aucun journaliste étant tolérés, le monde ne réagit pas face à l’ampleur de la répression. Le journaliste est donc un être de chair et de sang dont l’engagement peut être aussi un élément constitutif de son métier.  La revue Médias et démocratie avait consacré un numéro entier à ces questions réactualisées aujourd’hui dans la crise actuelle des régimes arabes[4]..



     Deux notions sont souvent accolées à la qualité de journaliste : ce sont les termes d’objectivité et de subjectivité. Qu’en est-il exactement ? Ces termes sont-ils opérationnels pour nos journalistes et que recouvrent ils exactement  dans le discours écrit ou audiovisuel ?



    L’objectivité, c’est avant tout décrire les faits, rien que les faits. C’est une vision qui peut vite paraître très restrictive car elle ne s’intéresse qu’au factuel ; l’avis donné n’est alors qu’une retransmission telle une dépêche AFP qui se contente d’une information basique : « DSK arrêté dans son avion à JFK ». La nouvelle  donnée n’a qu’une valeur informative, elle ne dit rien des raisons ni des conséquences ni même finalement de la réalité ressentie. A priori ce factuel devrait servir de base au métier mais il se révèle très vite insuffisant aussi bien sur son énoncé que dans sa perception des choses. Si on  se tenait uniquement à cette objectivité, nous n’aurions que les dépêches AFP qui pourraient prétendre être des actes de journalisme.

   La subjectivité, elle, au contraire, sous entend que la personnalité d’un auteur, ou même quelque fois d’un lecteur joue un rôle dans la prise d’informations. C’est cette notion qui joue un rôle de trouble fête dans le métier de journalisme, car elle sous-entend, que la neutralité d’un article ou d’une enquête journalistique est ainsi sur la tangente. Pour autant, ces deux notions ne sont pas totalement contradictoires et sont d’ailleurs présentes dans notre quotidien à tous. Prenons un exemple tout simple : une recette de cuisine peut être suivie par deux personnes distinctes avec exactement les mêmes ingrédients et les mêmes ustensiles ; pour autant il est fort à parier que les mets préparés ne seront pas exactement les mêmes. La raison ? Elle est simple, selon l’âge du lecteur, selon sa capacité de lecture, selon leurs attentions à l’égard de la recette, ils n’auront pas forcément adopté la même aptitude à recevoir l’information, alors qu’ils ont suivis exactement la même recette. Les exemples de ce genre sont très nombreux et prouvent ainsi que l’attitude du lecteur, entre en adéquation ou en conflit avec l’article de presse établi  par un journaliste  et la simple lecture confère  à celui ci une tonalité parfois différente de celle que l’auteur avait voulu lui donner.

En fait, l’objectivité n’est sans soute pas un réel but à atteindre pour le journaliste : un journaliste est là pour donner des faits mais surtout pour donner des clés de lecture et de compréhension du monde. On pourrait ici reprendre l’exemple libyen, il est certain que la présence et le cri au secours relayé par les journalistes ont permis au monde de voir d’abord puis de comprendre ce qui était en train de se passer dans les faubourgs de Bengazi.  Mais la subjectivité prend systématiquement le dessus, car elle dépend des mœurs, (une guerre n’est jamais racontée de la même façon selon là ou on se trouve) des coutumes et des appréhensions des lecteurs, en plus d’être écrite par des journalistes prenant quelques fois des positions claires et affirmées. Le talent non négligeable des journalistes, leur honnêteté, leur culture et leur appréhension du monde sont des éléments clés qui donnent à leurs articles ou leurs interventions une tonalité différente.



   La meilleure preuve pour illustrer le fait que l’objectivité soit un but quasi-irréalisable dans le domaine du journalisme, c’est la pluralité des médias. En effet, pourquoi y aurait-il autant de journaux différents, autant de médias faisant circuler  l’information, la commentant voire en  la créant si l’objectivité totale était possible, si seul le factuel était envisageable ? Un seul suffirait. C’est d’ailleurs une tentation importante et l’on voit tourner en boucle sur de nombreux médias, les dépêches de BFM TV reçues sur les Smartphones et reprises telles quelles dans la presse écrite et télévisuelle.



Ainsi, il serait bon de parler de notion d’honnêteté et de bon-vouloir pour distinguer les journalistes qui essayent de circuler l’information et d’informer le monde entier, sans vouloir exprimer leurs points de vues personnels, plutôt que d’objectivité.

Objectivité et Subjectivité seraient donc deux notions indissociables. Le tout est de savoir si un journaliste, dans la prise de ses fonctions, peut être à la fois proche de l’objectivité et maîtriser la notion de subjectivité sans pour autant devenir leader d’opinion. 





[1] Mory, Pierre ; Stephenson, Hugh ; Association européenne de formation au journalisme. - La formation au journalisme en Europe. - Paris : CFPJ, 1991.
[2] Encyclopédie Larousse, 2011
[3] Delporte, Christian. - Histoire du journalisme et des journalistes en France : du 17e siècle à nos jours. - Paris : Presses universitaires de France, 1995. - - (Que sais-je ?).
[4] Médias et démocratie. - Cahiers du journalisme. - (2002, Printemps-été)n°10, p.230-281.

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